Macha Makeïeff

Auteure, metteure en scène et plasticienne, Macha Makeïeff développe une œuvre singulière, à la croisée du théâtre, de l’opéra, du cinéma et des arts visuels. Elle conçoit ses spectacles comme des mondes complets, où l’écriture, la mise en scène, les décors, les costumes, les images, et les Choses participent d’une même pensée plastique.

Portrait de Macha Makaïeff
Macha Makeïeff © Christophe Agostinis / Le Dauphiné Libéré

Née à Marseille dans une famille protestante aux ascendances russes, françaises et italiennes, elle est très tôt marquée par la musique et les arts visuels. La découverte des Ballets russes et de Serge Diaghilev, tout comme les visites à l’Armée du salut avec sa grand-mère pianiste, constituent des expériences artistiques et humaines fondatrices.
Élève au Conservatoire d’art dramatique de Marseille, elle rencontre le pianiste Pierre Barbizet, puis poursuit des études de littérature comparée et d’Histoire de l’art à la Sorbonne et à l’Institut d’art de Paris. Étudiante, elle devient lectrice chez Flammarion et participe à la revue Cinématographe. La rencontre avec Antoine Vitez, qui lui confie sa première mise en scène au Théâtre des Quartiers d’Ivry, ainsi que son lien avec Françoise et Germain Viatte, seront déterminants dans cette période d’initiation.

Macha Makeïeff entretient un lien profond et ancien avec Avignon. C’est très jeune qu’elle y débute, assistant Daniel Mesguich pour Le Château de Kafka. Elle y crée ensuite plusieurs spectacles majeurs : Les Blouses et La Veillée, Les Petits Pas à l’Opéra, Les Pieds dans l’eau dans la Cour d’honneur du Palais des Papes. Aux Carrières de Boulbon, elle signe les costumes de Karamazov mis en scène par Jean Bellorini. À La FabricA, elle crée Lewis versus Alice, tout en imaginant l’exposition Trouble fête à la Maison Jean Vilar. En 2019, au Festival d’Avignon, spectacle, exposition et livre (Zone céleste) se répondent dans un même
geste artistique. Avec Les Choses divines – Inventaire fantaisiste au Palais des Papes, elle y poursuit aujourd’hui ce dialogue entre théâtre, exposition et architecture monumentale, en collaborant avec de nombreuses institutions de la ville et l’École Supérieure d’Art.

Pour l’Opéra, elle met en scène Les Brigands d’Offenbach (Amsterdam et Opéra Bastille), L’Enlèvement au sérail de Mozart (Festival lyrique d’Aix-en-Provence, Baden-Baden, Lausanne), Moscou-Tchériomouchki de Chostakovitch (Opéra de Lyon), La Veuve joyeuse de Lehár (Opéra de Lyon), La Calisto de Cavalli (Théâtre des ChampsElysées, L’Étoile de Chabrier, Zampa de Hérold, Les Mamelles de Tirésias de Poulenc ou Le Bœuf sur le toit de Milhaud (Opéra de Lyon et Opéra-Comique). Pour ces productions, elle assure la mise en scène, les décors et les costumes, affirmant une signature visuelle où l’humour, la poésie et une attention extrême aux matières et aux couleurs dialoguent avec la musique. Elle réalise les décors de Chérubin de Massenet, les costumes de Mahagonny – Sept péchés capitaux de Kurt Weil, mise en scène de Juliette Deschamps.

Elle collabore ainsi avec John Eliot Gardiner, William Christie, Louis Langrée, Christophe Rousset, Laurence Equilbey, Marc Minkowski, Jérémie Rohrer…

Son travail plastique se déploie dans les musées, lieux d’exposition et théâtres.

Elle expose notamment à la Grande Halle de la Villette, à Carré d’art de Nîmes (Le Grand Ordinaire et le Petit Ménager), au musée des Arts décoratifs de Paris (Beaux-Restes), à Chaumont-sur-Loire (La Fuite), à la Fondation Cartier (Vestiaire et Défilé), au Louvre avec une performance (Bêtes royales et Objet perdus), au Centquatre-Paris (Re-création de la Villa Arpel), au Théâtre National de Chaillot (L’Amour des choses), au Festival de Cannes (présentation de PlayTime et scénographie de la plage publique), au Centre National du Costume de Scène (L’Opéra-Comique et ses trésors).

En 2009, elle est commissaire et scénographe de l’exposition Jacques Tati, deux temps trois mouvements organisée par la Cinémathèque française.

En 2018, elle réalise la scénographie de l’exposition Éblouissante Venise au Grand Palais.

En 2019 Macha Makeïeff crée, autour du spectacle Lewis versus Alice, l’exposition Trouble-fête, collections curieuses et choses inquiètes, à la Maison Jean Vilar puis à l’Archevêché musée des tapisseries à Aix-en-Provence, puis au TNP-Villeurbanne.

En 2022, elle conçoit Feux sacrés ! à la Criée (avec Stanislas Colodiet et le CIRVA), Méditation affectueuse et illustrée sur des objets ordinaires, au Liberté à Toulon.

En 23-24, Macha Makeïeff est artiste invitée au Fresnoy, studio national des arts contemporains. Elle accompagne dix jeunes artistes, réalise le court-métrage Zone d’Attente Nord et une installation pour l’exposition Panorama.

En 2024, au Mucem, elle réalise l’exposition En piste ! Clowns, pitres et saltimbanques.

Elle réalise diverses performances, à la Fondation Cartier notamment (Péché Mignon, Tati/César), L’Odyssée avec Paul Lay, en 2024, Autour de Joan Mitchell, au côté de Rosemary Standley dans le cadre de l’Echo des Nymphéas à l’Orangerie de Paris.

Aux Bouffes du nord, elle accompagne Vincent Delerm pour Memory.

En 2025, elle écrit et met en scène La Bête et moi (pour l’École de la Cause Freudienne, Musée de la Chasse), et Magic-Hôtel (comédie musicale de 20 min pour Radio France en public, au studio 104).

Son travail plastique se retrouve dans les nombreux décors et costumes de théâtre qu’elle réalise en particulier pour Jean Bellorini, avec qui une collaboration artistique s’est construite tant au théâtre qu’à l’Opéra : La Bonne âme du Se-Tchouan, Karamazov, Erismena, Rodelinda, Kroum, Un Instant, Tartufo, Le Suicidé, Histoire d’un Cid, Les Misérables, Jean éclairant ses spectacles et expositions.

Elle réalise aussi des costumes de scène pour Jérôme Deschamps, Les Boulingrin d’Aperghis, Bouvard et Pécuchet, L’Avare, la saison dernière.

En 2000, elle fonde avec Jérôme Deschamps Les Films de Mon Oncle, structure pour la restauration et la diffusion internationale de l’œuvre du cinéaste Jacques Tati, dont elle assure la direction artistique et éditoriale. Commissaire et scénographe de l’exposition Jacques Tati, deux temps trois mouvements à la Cinémathèque française en 2009, elle joue un rôle essentiel dans la redécouverte et le rayonnement de l’œuvre du cinéaste.

Directrice artistique du Théâtre de Nîmes de 2003 à 2008, puis directrice de La Criée – Théâtre national de Marseille de 2011 à 2022, elle initie la transformation du Nouveau Hall du théâtre redessiné par J.M. Wilmotte. Elle développe une vision transversale de la création, une programmation exigeante et ouverte à la musique, à la danse, aux arts plastiques, au cinéma, au graphisme et aux sciences humaines, renouvelant ainsi le modèle du CDN.
Elle y affirme une attention constante à la transmission, aux jeunes artistes et à l’élargissement des publics. Macha conçoit la communication visuelle pour ces deux lieux. En 2013, elle a activement participé au projet Marseille Capitale Européenne de la Culture, puis en 2018, dans le cadre de MP2018 Quel Amour !

À la Criée, elle met en scène notamment : Les Apaches qu’elle écrit, Ali Baba qu’elle adapte des Mille et Une nuits, La Fuite ! de Boulgakov, Trissotin ou Les Femmes savantes avec une tournée internationale, Les Âmes offensées, Tartuffe Théorème, Lumières d’Odessa d’Isaac Babel. Sa direction d’acteur est la recherche du presque soi, la rareté, les particularismes de l’artiste, aveux et étonnements, la trace poétique.

Le public, son imaginaire, sont et demeurent son beau souci.

En 2022, elle réveille sa Compagnie MadeMoiselle, dédiée au théâtre, aux arts visuels et à la transmission, désormais située à Aix-en-Provence.

Depuis 2013 elle est présidente du conseil artistique et scientifique du Pavillon Bosio (École Supérieure d’Arts Plastiques de Monaco).

En 2024 elle met en scène Dom Juan au TNP-Villeurbanne, puis à L’Odéon Théâtre de l’Europe, actuellement en tournée avec plus de 80 dates.

Auteure d’essais et ouvrages – Deschamps-Deschiens : le théâtre de Jérôme Deschamps (Librairie Séguier / Archimbaud), Le Grand Ordinaire et le Petit Ménager, catalogue de l’exposition (Éditions Deschamps et Deschamps), Les Pieds dans l’Eau (Actes Sud-Papiers), Les Deschiens, l’Album (Le Seuil/Canal+ Éditions), C’est Magnifique (Actes Sud-Papiers), Les Précieuses Ridicules (Actes Sud-Papiers), Au Chic Deschiens (Le Seuil), Les Pensionnaires, Inventaire d’un spectacle (Actes Sud).

Nouveau Bréviaire pour une Fin de Siècle (Éditions du Chêne), Beaux-restes (Actes Sud), L’Amour des choses, catalogue d’exposition (Actes Sud), Poétique du Désastre (Actes Sud), Jacques Tati, deux temps, trois mouvements (Naïve), maquette de PlayTime (S. Goudet / Cahiers du cinéma). Création de la revue CRI-CRI. Zone Céleste (Actes Sud), En Piste ! Clowns, pitres et saltimbanques, catalogue d’exposition (La Martinière).

Très tôt, elle fonde avec Jérôme Deschamps, une Compagnie de Théâtre et écrit, met en scène et conçoit plus de vingt spectacles qui marqueront durablement le paysage théâtral français. Les frères Zénith, La Veillée, Les Précipitations, Lapin-Chasseur, C’est magnifique, Les Pieds dans l’eau, Les Pensionnaires, Salle des fêtes ou encore Les Étourdis dessinent une œuvre à la fois burlesque, mélancolique et profondément attentive aux corps, aux gestes et aux objets. Ensemble, ils revisitent le répertoire classique avec Les Précieuses ridicules de Molière ou L’Affaire de la rue de Lourcine de Labiche.
De cette aventure naît aussi Les Deschiens, série emblématique diffusée sur Canal+, dont Macha Makeïeff invente la ligne visuelle et le style vestimentaire, créant une esthétique immédiatement reconnaissable qui marquera toute une génération. Macha Makeïeff travaille dans son atelier, au « 7bis », lieu de création à Paris.

Devant soi, création graphique avec Aurélien Farina du coffret Jacques Tati, L’Intégrale. Création de Chronique de Chair en Mars. Atelier à l’Académie du Quai à Angers, et participation à la Capitale européenne de la culture à Bourges en 2028.

Préparation d’un ouvrage aux Editions Théâtrales.

Son prochain spectacle Zone d’Attente sera créé au TNP-Villeurbanne en janvier 27.